Mardi 22 janvier 2008
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Publié dans : N'ayons pas peur des mots...
Il avait fallu plusieurs semaines à Pacco pour digérer. La chevrotine, ça ne passe pas facilement. Après avoir
alterné différents stades de convulsions, de spasmes, d’allergies, de révolte, il décida de ne pas en rester là. Une refonte était nécessaire ? Très bien ! Autant prendre le problème
de front. C'est-à-dire à zéro…
Albares passa deux mois d’été à une dissection scrupuleuse de son manuscrit.
Annotant, fléchant, cochant, biffant des pans entiers de son récit et jusqu’aux fondations. Sans pitié. Renvois, apostilles, astérisques, le bloc de
feuillets ressemblait à la fin août à un champ de mines illisible… Champollion en personne y aurait bafouillé son chant du signe.
Début septembre, fort de ce travail préliminaire, il ralluma son portable IBM T30
et repartit au combat. Pacco était à nouveau aux affaires, en équilibre entre censure et inspiration… Ah Ah… ! Amender… Etriller… Serrer le fond, la forme, les péripéties, les atmosphères,
les dialogues, le ton… Décocher des flèches aux traits purs… Laisser refroidir… Il écrivait vite ? Non. Il écrivait longtemps. Quatre à cinq heures par jour. Et il imagina des
rebondissements, des fausses pistes. Il assombrit son personnage, lui infligea une propension à l’alcool et des crises d’hémorroïdes… Il s’appliqua à juguler son amour immodéré des mots, des
phrases ciselées, à réduire les niveaux d’abstraction. Derrière lui, sa conscience. Sourcilleuse et revêche. Sous le clavier, crépitait un brasier. Il y lançait des bûches. Au feu les dogmes et
les doctrines, les situations initiales, les éléments déclencheurs… Au feu les classiques, les surréalistes, les Oulipiens… Originalité et universalité sont-elles compatibles ? Un roman
est-il un jardin taillé bien au carré, ou une jungle à machette ? Beckett, Céline, Kafka avaient-ils cherché à plaire ? Doit-on écrire ce qu’on aimerait lire ?
Du neuf, du neuf… !
« Mario Maddor. Un type qui après
avoir mis tant de zèle à se perdre, trouve un moyen de quitter la table la tête haute. Un type qui fonctionne à l’instinct. À l’instinct des naïfs… »
Voilà. En trois phrases.
Ce qu’il voulait raconter.
Fin octobre, la deuxième version était prête. Point
de divertissement étourdi. Plus que jamais gouvernait en lui le sentiment d’avoir été juste. Au mot près. Pour la deuxième fois, Pacco Albares envoya le manuscrit chez son éditeur. Avec
l’écriture, il avait trouvé une hygiène de vie, une manière de lancer des pavés dans la mare. En attendant les remous, il se mit à écouter Charlie Parker et à lire du Chandler…
Au lieu du plouf espéré, ce fut un couac. Fin
décembre, Un email anodin tombait sur son écran. C’était un crève-cœur bien sûr, mais « L’instinct du naïf » ne rentrerait pas dans la ligne éditoriale de la
maison…
Joyeux Noël et Banané… À suivre...