Un petit conte de Noël.
Je ne devais pas avoir plus de sept ou huit ans quand je fus invité à un séjour à la ferme par un oncle lointain. L'homme et ma tante, malgré une certaine rudesse, étaient des gens d'une
grande bonté.

Je m'en souviens comme si c'était hier. J'avais immédiatement trouvé ma
place sous leur toit. Leurs sentiments étaient rustres comme la charpente de leur vieille ferme, mais ils étaient solides et sans ostentation. Je me suis aussitôt intégré au décor des pécores.
A la fin du séjour, oncle Archibald me mit dans les bras un porcelet rose et tremblant, d'à peine quelques jours en me disant : - "Voilà magnac, ça te fera toujours un petit souvenir à
ramener à la ville..."
L'animal était si vulnérable, son oeil était si humide, que je n'eus pas de mal à convaincre mon père de le ramener à la maison.
Comme ma mère ne voulut pas entendre parler d'un cochon dans son salon, j'installais la bête (que j'avais prénommé JERZY) dans un petit appentis du jardin. J'allais le voir souvent. Tous les
jours. Dès que possible... et lui confiait, avec cette candeur enfantine qui nous fait tant défaut à nous les adultes, tous mes secrets d'enfant. JERZY et moi sommes devenus les meilleurs
amis du monde. Il semblait me reconnaître et me prodiguait toujours une tendresse bourrue qui m'allait droit au coeur. Surtout lorsque je lui apportais sa nourriture. C'est qu'il mangeait beaucoup
le JERZY, comme quatre...!
Le monde des enfants est fait de bonheurs simples, j'avais trouvé là un authentique compagnon que je rejoignais au plus vite en sortant de l'école.Tout à mon innocente amitié avec le
pourceau, tout à nos jeux et à nos confidences, je ne m'aperçus pas qu'il avait multiplié son poids par dix et qu'il ne rentrait plus que difficilement dans l'abri où il gambadait encore
quelques semaines plus tôt. Mon père alerté par cet état de fait, prit moultes précautions pour m'annoncer que nous allions devoir nous séparer de JERZY. Je ne voulus rien entendre. Moi qui
était jusqu'alors d'un caractère facile et obéissant, j'hurlais pour la première fois à l'injustice et à l'abus de pouvoir. Un délai me fut accordé. Mais Jerzy continuait de grossir. Et ceci
de manière indécente. Puis un jour les voisins vinrent se plaindre de l'odeur qui se levait de l'appentis lorsque le vent était défavorable ou qu'il faisait de grosse chaleur. Cette fois,
mon père ignorant mes supplications se résolut à emporter JERZY.
Moralité : "
Et père y colle au zoo c' porc JERZY"
J'en fus terriblement attristé. De ces chagrins d'enfant dont on dit qu'ils sont les plus purs et les plus renversants...
BONNE ANNEE à tous...
Content de lire du nouveau sur ce blog !
Souvenirs de notre maître Gotlib ;-)
à trés vite
Dan