Qui suis-je?

 

 Guitariste de Zebda de 1988 à 2003, j'ai sorti en Janv 2007 aux éditions danger public un récit sur cette expérience humaine et musicale. J'anime aujourd'hui des ateliers d'écriture, je travaille sur un deuxième roman, je publie des nouvelles sur cet espace.

J'ai toujours eu la passion des livres... 
Ce blog est fait pour parler de lectures, pour apporter un regard ou des opinions sur la culture en général et sa place dans la société.

Les billets de bonne ou de mauvaise humeur, les coups de gueule sur l'actualité sont aussi les bienvenus...

 

Des livres

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Mercredi 16 mai 2007

Publié dans : pascal.cabero

 Malgré de constants efforts, malgré le ridicule de certains à priori, je dois me rendre à l'évidence, je n'arrive pas à trouver mon bonheur dans la littérature des auteures.

 Un sentimentalisme de bon aloi, des histoires, des personnages édulcorés, un ton, un style aussi soporifique qu'une mer des tropiques. C'est beau, mais c'est plat... Des convenances, des situations éculées, des biographies où il est surtout question de papa... Et tous ces hommes qui ne nous comprennent pas...

 Oui je sais, ça peut choquer. Mais quoi que je fasse, quelles que  soient les tentatives de rapprochement, c'est toujours vers des auteurs masculins que finissent par s'orienter mes choix, et un tiens vaut mieux que deux tu l'auras.

 Même Jelinek dans le style "rentre dedans" manque ma cible.

 Au secours !

Vous qui savez vibrer à la plume qui signe, de fins et sensibles doigts de femmes, des romans qui en ont... venez moi en aide...

 

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Mardi 1 mai 2007

Publié dans : pascal.cabero

Pour retrouver le blog d'Arnaud Gonzague Edition DangerPublic:

http://www.luvuentendu.blogspot.com/

 Le point de vue d'un Editeur...

TIEDE EST LA SOUPE

 

La littérature française d'aujourd'hui résonne d'une musique reconnaissable entre mille. Comme éditeur, je reçois deux types de manuscrits : ceux qui font entendre cette musique - à des degrés divers - et ceux qui l'ignorent. Les seconds sont parfois intéressants, parfois moins. Les premiers passent immanquablement à la corbeille - après 20 pages qui me prouvent le caractère incurable de l'infestation.

Cette musique, je suis sûr que vous l'avez dans l'oreille, vous aussi. Il faudrait des Burnier-Rambaud pour imiter de manière amusante ses chochotteries intellectualisantes, son ronron hypnotique, sa rondeur apaisante. Nulle aspérité, nulles surprises. Elle vous donne ce que vous attendez - ce que les écrivains pensent que vous attendez : du sérieux en diable, un peu de désespoir important, des constatations amères sur les avanies du monde, une pincée de poésie contemporaine... Absence totale d'humour, de maladresses, de mauvaise foi, bref, de vie. La musique déroule ses notes, imperturbable, avec une invariable fréquence de mots importants, de phrases ciselées, faussement sobres. Des rédactions de premiers de la classe, en somme.

Si elle était une nourriture, je dirais que cette musique est une soupe. Un mouliné de mots, chaud sous le palais, facile à avaler et digeste. Une soupe qui remplit la panse, mais ne nourrit pas. Elle n'est pas fade, non. On y a glissé quelques bons légumes, agrémenté d'un assaisonnement ad hoc. Elle est bien pire que fade : dénuée absolument d'arrière-goût.
Ce brouet insidieux n'a pas investi tous les recoins de la littérature, bien entendu. Mais on le retrouve chez bien des auteurs estampillés "de qualité". C'est ce qui est terrible : elle n'est pas l'apanage des plumitifs jugés médiocres, mais de ceux que les critiques encensent généralement : chez François Bon, chez Laurent Mauvignier, chez Tanguy Viel, chez Olivier Adam...
Un exemple ? :« L’obscurité entre nous (…) l’obscurité où se disait vraiment qu’à la fin on ne se comprenait plus (…) les lignes continues séparant l’espace de nos vies (…) Il était trop loin dans cette espèce de fatigue où s’abandonnait sa vie (…) il a dit aussi que des fois dans la rue c’est par sa voix qu’il touchait les choses (…) et la haute voix du rêve en lui qui se faisait entendre, n’être pas seul abandonné de soi-même au milieu des autres, sa voix à lui qui montait » (Mauvignier). Et il y en a 115 pages comme ça !

 

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Mardi 1 mai 2007

Publié dans : Nouvelles

- « Etre naturel, est une pause très difficile à tenir… souffla Julie dans l’oreille de Mario… Viens sortons. Elle prit sa main et le tira vers la sortie.

- «  Mais pourquoi tu me dis ça ? cria Mario… »

S’extrayant de la mêlée, ils réussirent à atteindre l’air libre.

- «  C’est pas moi, c’est Oscar Wilde… Viens, j’ai quelque chose à te montrer… ».

 Elle l’entraîna par différents raccourcis dans les rues du patelin jusqu’à une porte massive. Une entrée dérobée. Elle sortit une clé tarabiscotée de sa poche, visiblement le coup était prémédité. Mario se laissa guider.

 - «  Voilà dit-elle ici c’est chez moi… »

 Ils étaient dans le théâtre. La porte donnait dans le local des décors. Il faisait sombre. Des fonds de scènes, de faux escaliers, un arbre de papier marouflé, des colonnes doriques en cartons pâte étaient entreposés pêle-mêle.

 – « Viens, suis-moi… ! »  Elle se déplaçait agile dans le capharnaüm. Ils arrivèrent sur la scène côté jardin, ils n’étaient éclairés que par les lumières diffuses des issues de secours. Mario heurta un énorme projecteur qui traînait par terre. « Aïe ! Merde ! » cria-t-il et le son de sa voix s’amplifia dans l’acoustique parfaite de la salle. Il sut en apprécier la qualité, il était, lui aussi, un peu de la partie.

 Julie courut dans un renfoncement à cour et se suspendit aux guindes. Le lourd rideau de velours s’écarta sur la salle. C’était magnifique cet endroit. Un silence majestueux occupait tout l’espace. Des poussières en suspension semblaient encore vibrer de la dernière représentation, des bravos du public. Mario fit un tour complet sur lui-même, s’enveloppa dans le parfum si particulier du théâtre. Odeurs d’ampoules électriques surchauffées, de plâtre, de papier mâché, de coulisses secrètes, de costumes mités, de maquillages qui semblaient transcender l’âme du lieu. Il y avait même une fosse d’orchestre. Mario descendit dans la salle, parcourut les travées et s’installa plein centre, face à la scène que son regard surplombait. Soudain une découpe ambre traça un cercle parfait sur le plateau. Dans le rayon de lumière, Julie apparut. Mais ce n’était pas elle. Elle était vêtue d’une ample robe cintrée qui descendait jusqu’aux pieds en riches broderies. Un large décolleté carré découvrait ses épaules. De ses coudes rehaussés de manches bouffantes pendait une longue étoffe. Ses cheveux étaient pris dans un serre-tête sculpté, une larme de nacre perlait sur son front. Son visage surtout rendait la métamorphose totale. Tendu, dramatique, habité.

Et la voix s’élança.

 “ What, will you not suffer me ? Nay, now I see

 She is your treasure, she must have a husband,

  I must dance bare-foot on her wedding day  

  And for your love to her lead apes in hell...

 Talk not to me, I will go sit and weep,

 Till I can find occasion of revenge...”

 

 « Quoi, prendrez-vous toujours parti contre moi ?

 Oui, oui, je le vois bien, elle est votre trésor ;

 À elle il lui faut un mari ; et moi

 au prix de cet amour que vous lui prodiguez,

  je danserai pieds nus le jour de ses noces

 et j’irai garder les singes en enfer…

 Ne me parlez pas. Je me retire pour pleurer

 jusqu’à ce que sonne l’heure de ma vengeance… »

 Elle avait déclamé comme si sa vie en dépendait. Mario resta abasourdi, bouche bée, jusqu’à ce que, dans la bulle de silence, les derniers échos du dernier vers finissent de frémir, jusqu’à ce que les poings serrés de Julie se décrispent enfin. Alors il applaudit aussi fort qu’il le put.

 Elle salua plusieurs fois, sourit et chuchota :

 - « Viens Maddow, je vais t’apprendre à aimer Shakespeare. » Mario Maddor rejoignit le cercle lumineux sans se presser.

 Au loin ils entendirent les cloches de la cathédrale sonner à la volée. Aussitôt relayées par les explosions d’un feu d’artifice tout proche.

 - « Bonne Année ma chère… » Murmura-t-il et il lui prit la bouche.

 Ils n’eurent pas assez de bras pour s’étreindre, pas assez d’ongles pour s’agripper, pas assez de lèvres pour imprimer dans leurs cous des baisers affamés. Comme des noyés qui remontent à la surface, ils se respiraient à grandes goulées. Leurs esprits avaient trop longtemps ignoré les signaux, leurs corps maintenant se réclamaient d’urgence. Animal.  D’un geste sec, il écarta le décolleté du costume qui se déchira en un craquement net. Les seins jaillirent. Lourds et tendus, chatoyants dans la lumière chaude. Ils fixèrent un instant Mario dans les yeux. Il plongea. Et sa bouche se changea en ventouse experte. Gloutonne, se jouant des rondeurs, des volumes, des centres de gravité, elle investit la gorge comme on happe un gâteau. Sa langue insatiable et jouisseuse se délectait de chairs. Elle traçait des chemins d’escargot qui convergeaient jusqu’aux mamelons dardés qui piaffaient, électriques. Ses mains étaient celles d’un aveugle, tendres et précises. Elles vérifiaient les lois de l’attraction universelle. Ses canines mordaient.

 - « Enfin, enfin… » gémissait-elle. Ce n’était pas un ton de reproche. Elle dégustait son trouble. Puis en retenant sa nuque dans la paume de la main, il l’embrassa. Avec fièvre, avec ferveur, comme pour célébrer un rite initiatique, comme on ouvre une dernière porte vers un cosmos d’extase, comme on a une vision sur un autel de culte.

 - « Maintenant je vais te parler dans ma langue… N’aie pas peur… » lui dit-il en français ; et il disparut sous les plis de la robe.

 Ses doigts étaient des pinceaux fins sur de la porcelaine. Il caressa les cuisses en retenant son souffle. Il ôta la culotte libérant une toison de mousse laissée à l’abandon. Il y fourra le nez. La fille se raidit. Quelques appréhensions ? Il caressa ses hanches, le sourire de ses fesses comme on dit des flatteries pour mieux amadouer. Sa langue avec une circonspection humide se posa sur la fleur et butina un gentil bonjour. La tête renversée à boire dans ce calice, avec une tendre autorité, Mario prit tout son temps. Au rythme chaud de sa respiration, il mena doucement le plaisir jusqu’à destination. En échange, une note parfaite, modula harmonieuse. Un Ahhh, ou un Ohhh… ? Le chant universel d’une gamme divine, venant du fond des temps, elle prit son envol sur le rebord des lèvres. Le ventre de Julie n’était plus que secousses. Mario quitta le coin de paradis qu’il venait de louer. Il contourna la fille qu’il cassa vers l’avant. Prestement il expulsa un membre recourbé, endolori par l’ardeur et, retroussant le jupon comme à une autre époque, il planta victorieux l’homme dans la femme.

 Et quand tout fut fini, quelques secondes d’éternité s’égrenèrent encore. Mario récupéra l’usage de son cerveau. Julie « hot legs » Barrett était d’accord sur tout. Mégère apprivoisée… Alors, tous les deux auraient pu le jurer, ils entendirent les applaudissements crépiter des fauteuils silencieux, les hourras, les bravos d’un public invisible en standing ovation, les approbations des critiques unanimes et même les rappels. Ils éclatèrent de rire, renvoyant des mercis.     

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Samedi 28 avril 2007

Publié dans : pascal.cabero

 

 Nick est de retour pour le dernier duel, l'homme qui karshérise plus vite que son ombre, compte bien dompter ce pays, et faire régner sa loi. Quelques bons rodéos en perspective, outlaws à vos gachettes...

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Vendredi 20 avril 2007

Publié dans : pascal.cabero

 Sous le feu nourri des sondages qui hurlent des pourcentages depuis plusieurs semaines, il apparaît qu'environ un tiers de l'electorat serait encore indécis. Doit-on s'en féliciter, ou doit-on s'en méfier... Aprés tout, toutes ces données infométriques dont les médias nous assènent sont elles si fiables? Rien n'est joué...

 Tous rideaux tirés, dans le mètre carré de l'isoloir instable, debouts, ne tremblons pas. L'enjeu est d'importance. Faisons bloc. Barrons la route à l'homme. L'homme assoiffé de pouvoir, l'homme de réseaux, l'homme guerrier, normatif, populiste, et vénal aux idées des extrêmes. Et même dans le doute, en ayant l'impression de signer un chèque en blanc, même si les clés du pouvoir sont dans la boite à gants, choisissons la femme. Il y a moins de chance de se tromper... On aura toujours le loisir de se rattrapper au législatives.

 Si les isoloirs étaient équipés de miroirs, on pourrait se regarder droit dans les yeux au moment du vote.

 Electrices, électeurs bon choix... 

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Mercredi 18 avril 2007

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 Nan Aurousseau Editions Stock collection bleue

Le buffle au stylo. Entrer dans les romans de Nan Aurousseau, c'est se prendre la locomotive en pleine poire. Un univers dur, sans états d'âmes, compact. Manichéen.  Histoires de prolos, qui se racrochent toutes griffes dehors dans la pente glissante d'une réalité sordide, de malfrats qui ne peuvent pas faire autrement pour ne pas leurs ressembler, aux mimiles. De héros, hommes d'honneurs qui foncent tête baissée vers la sortie, s'il y en a, une existence qui vaille un tant soit peu la peine. Sinon c'est coup de boule ou doigt crispé sur gachette sensible. Avec toujours ce doute : Y a-t-il un ordre obscur, griffonné hâtivement sur un mauvais bout de papier arraché au livre du temps, qui interdit définitivement le futur. Il place la barre vachement haut Nan Aurousseau, c'est écrit avec les tripes, et la sueur. Il y a du vécu derrière... A déconseiller donc aux midinettes et aux pisse-froids. 

 Quelque chose de neuf et de burné dans ce XXI° siècle un peu trop policé... 

 

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Mardi 3 avril 2007

Publié dans : pascal.cabero

                                                                                                                                                                                                                                                                                           

 

Le supporter est une personne mesuré. Il se caractérise par de solides valeurs morales : le respect de l'adversaire, le respect de l'arbitre, et des règles. Son jugement est toujours équilibré et réfléchi. Il est le reflet de ce qui se passe sur la pelouse : fraternité, passion du beau jeu, équité. La simulation et le calcul, les partis-pris, la triche et la violence sont bannis de l'enceinte des stades, derniers sanctuaires de communion, de tolérance et de partage. Cet ensemble de vertus, propres aux fondements du sport dans ce qu'elles ont de plus noble, font du supporter un exemple en matière de citoyenneté et d'humanisme. Meilleure preuve, le supporter chante juste...

C'est dommage qu'il n'y ai pas dans les stades plus de femmes et surtout plus d'enfants pour suivre ce bel exemple. 

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Jeudi 29 mars 2007

Publié dans : pascal.cabero

Un article interressant sur mon livre... Page 8. Suivre ce lien : http://www.intramuroshebdo.com/images/archives/intramuros_313.pdf

 

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Mercredi 28 mars 2007

Publié dans : pascal.cabero

Le conflit économico-politique qui ravage la région du Darfour depuis Fevrier 2003 s'apparente à un nouveau génocide qui ne semble pas émouvoir l'opinion internationale. Le shéma est malheureusement des plus classique. Les milices gouvernementales soudanaises matent dans la violence la plus extrême toute velléité de rebellion des populations Darfouri. Les intérêts de pétroliers chinois, russes, ceux de Total aussi d'ailleurs sont en jeu. Les milices ne manquent pas de moyens... Elles peuvent allègrement franchir le pas entre zèle et barbarie, prérogative et impunité, répression et génocide. 250 000 personnes massacrées, deux millions déplacées, viols, exactions, tueries en cortège défiant toute éthique humanitaire. 

 Des intellectuels montent au créneau? BHL défraie la chronique et tire un signal d'alarme. Des collectifs tentent de mobiliser l'opinion et les politiques sur l'urgence de la situation?   Jackie Mamou (ancien président de MSF) lance un appel de détresse pour non assistance à peuple massacré... Nos journeaux d'information se saisissent du sujet, titrent sur un génocide... deux jours plus tard... plus rien. On passe à autre chose. Les sondages ne manquent pas, les petites phrases assassines de campagne électorale, non plus. Laure Manaudou n'arrête pas de raffler des médailles, en plus... Alors pensez-vous...

 Tout cela me rappelle étrangement Le Rwanda, l'ex-Yougoslavie, l'Irak... On en a vu d'autres n'est-ce pas? et l'on sait déjà que la raison du plus fort économiquement est toujours la meilleure...

Comment quand même ne pas s'étonner du silence radio de nos candidats sur le sujet?

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Lundi 26 mars 2007

Publié dans : Nouvelles
 Nouvelle 1° prix concours Philémon 2007...

           

 

                    * * *

 

 Chico Rocca se cache le nez dans la capuche de son anorak, et attaque l’ascension des étages.

 

 

                    * * *

 

 Agé de dix-neuf ans, il pouvait passer pour un faux maigre. Souple et élancé, des muscles longilignes saillaient pourtant sur une ossature solide. Ses traits harmonieux, ses yeux noirs, un peu écartés, sa bouche fine et symétrique, son physique nonchalant et typé faisait se retourner les filles sur son passage. Comment n’aurait-il pas pu s’en rendre compte ? Il ne forçait pourtant jamais son allure naturelle. Il n’était pas du genre à « taper sa frime ». Tous ses mouvements semblaient couler de source et il inspirait confiance au premier abord. Un atout naturel. Son prof de français lui avait dit qu’avec un visage honnête comme le sien, il ne pouvait que réussir.

 

                     * * *

 

                     * * *

 

 

 

 Le père de Chico Rocca était d’origine espagnole. Il avait fui la guerre civile, et avait trouvé du travail en France comme chauffeur de bus. Il avait eu trois enfants avec sa femme, trois garçons. Et, depuis ce jour où excédé par des voyous qui rançonnaient les voyageurs de sa ligne, il avait défoncé le crâne d’un jeune à coup de batte de base-ball, le couple avait volé en éclats. Enfin… peut-être était-ce le contraire… Excédé par sa femme, il s’était défoulé sur ce pirate de la ligne 144. En tout cas, ça faisait bientôt cinq ans qu’il était parti avec une autre femme.

 

       De coups de cœur, en coups de dés 

          Des coups reçus, des coups donnés

 

      Des gribouillis et des ratures,

 

      Et des actions contre nature,

 

      Tirer un trait une dernière fois,

 

      Une cloche sonne, mais ça ira.

 

      Je serai prêt quand elle viendra.

 Quelques semaines plus tôt, il avait envoyé une maquette de ses morceaux à une maison de disques. Fallait y croire. Il voulait pouvoir vivre de son truc. C’était maintenant ou jamais. Il avait drôlement progressé, lui aussi le sentait. Chaque fois qu’il se produisait en concert avec son DJ et quelques musiciens, ils remplissaient les salles. La presse locale était même venue chez lui l’interviewer, et prendre des photos. Chico Rocca commençait à se faire un nom dans le coin. Il était devenu la star de la cité. Pour passer la vitesse supérieure, il voulait faire un disque qui serait mis en vente partout, bénéficier d’une promo, se produire dans des salles plus grandes… Pour ça il lui faudrait le soutien d’une major. Qu’on lui fasse confiance. Que le vent tourne, un peu… Alors il attendait… Un coup de fil… une lettre… qui ne manqueraient pas d’arriver.

 

 

 Et tout le monde avait une anecdote personnelle à raconter…

 

                    * * *

 

 

 

 Après le neuvième étage, Chico Rocca commence à fatiguer. Une porte, la sonnette, la veilleuse, une autre porte, une autre sonnette, le conduit des poubelles, et à nouveau la rambarde. Une porte, la sonnette….   Il sent le sang qui frappe dans ses tempes. Il se refuse pourtant à ralentir son ascension. Machinalement, il scande quelques phrases sur le rythme régulier et lent de son pas. Le soleil pénètre mieux dans les étages élevés. Parvenu à la coursive du dixième, il s’autorise quand même une pause. Il s’accoude au muret de béton. De là, il aperçoit le parking. Certaines voitures, pneus crevés, partiellement désossées, n’ont pas bougé depuis des années, elles font partie du paysage. Plus loin, le petit lac d’agrément censé décorer la cité d’une touche champêtre, croupit sous le soleil déclinant. L’eau sale est un œil borgne qui le guette. Allez ! Encore un effort, bientôt la fin. Parfois la tristesse le recouvre comme un linceul.

 

 

 - « Allo ? bonjour, pourrais-je parler à M. Chico Rocca s’il vous plaît…

 

                     * * *

 Chico Rocca est en avance. Il a trouvé de suite le large boulevard. Devant l’immeuble cossu qui abrite les locaux de Tommy Music, il fait les cent pas, mettant de l’ordre dans ses idées. L’euphorie que lui a procurée le coup de téléphone de Gaillard est retombée. Il est de nouveau maître de ses émotions. Enfin, à peu près.  

 À l’accueil, on lui demande son nom. Une jolie hôtesse souriante. « Il » est en rendez-vous, « il » ne va pas tarder à se libérer. On le fait patienter. Dans le hall d’entrée, il y a une petite pièce d’eau qui glougloute. De fausses plantes vertes autour d’un énorme écran télé qui diffuse des clips en boucle. Aux murs, des dizaines de disques d’or. Il se sert un café à la machine, son estomac glougloute aussi avec la fontaine. Juste comme il jette sa timbale dans une corbeille, la fille de tout à l’heure vient le chercher et le conduit par un dédale de couloirs au bureau de Thierry Gaillard. Chico aurait bien aimé avoir eu le temps d’aller se brosser les dents…

 

 - « Bon, vous avez l’intention de me faire faire un disque ? » coupa-t-il un peu sèchement dans les digressions du directeur artistique.

 - « Oui… Heu… c’est peut-être un peu prématuré pour se prononcer… là, on a bouclé les sorties pour les six prochains mois… On travaille aussi sur le Midem, dans deux mois… » La voix avait baissé sur un ton de confidences ultra secrètes. « Tu sais, nous, on travaille sur du long terme. Les budgets d’albums ne se débloquent pas comme ça…  Surtout en ce moment… Je voudrais être sûr que tu bénéficies d’une bonne promo… Dans quelque temps, on travaillera sur un concept, un visuel… Tout l’aspect marketing… Puis il faudrait une trentaine de titres tu vois ? Qu’on puisse faire le tri… ». Il était reparti. Rocca aussi en quelque sorte, mais pas vers le même endroit. Sans s’arrêter de parler, Gaillard jeta un coup d’œil sur le dossier de presse que Chico lui avait tendu en s’asseyant.

 - « Bon, c’est pas mal tout ça… je te propose qu’on se revoie bientôt. Envoie-moi tes maquettes dès que tu as du nouveau matériel… Continue à travailler, Chico… C’est bon tout ça. Je te tiens au courant hein ? C’est grâce à des mecs comme toi qu’on existe tu sais ? Continue à bosser là-dessus… Ok ? Je te rappelles… »

 

 

 - « Allez, on garde le contact hein ? »

 - « Et pour mes frais ? » demanda Chico Rocca la main sur la poignée de la porte.

 

 

 La pendule marquait 14 heures 25. Fallait pas rêver.  

 

                   * * *

 

 Une faible brise fait frissonner la fourrure de sa capuche. Sa main triture dans sa poche les poils de la brosse à dents. Au loin, une moto hurle de tous ses cylindres jusqu’au prochain feu rouge. Chico Rocca est parvenu maintenant sur le toit de l’immeuble. Il est debout sur le rebord du ciel. Le soleil plonge derrière l’horizon. Il va se faire voir ailleurs.

 

 

 - « Oui… Heu… Vois ça avec Mélanie à l’accueil… d’accord ? À plus hein ? » Chico traversa les couloirs jusqu’au hall d’entrée. La télé débitait toujours les clips pour les fausses plantes vertes.

 Thierry Gaillard se leva. Déjà pressé d’en finir.

 - «  Ah ! Chico… comment ça va ? »

 

 Le type est assez jeune, un peu enveloppé, il se lève pour lui serrer la main.

 

 - «  Bonjour, ça va bien… et vous ? » Il le reconnaît maintenant. Il doit être le fils de Philippe Gaillard, le célèbre présentateur télé, il se ressemble comme c’est pas possible. Mêmes yeux clairs aux paupières retombantes, mêmes lèvres lippues, même implantation de cheveux… Saisissant.

 

 - « T’as trouvé facilement ?

 

 - Nickel…

 

 

 Rocca était trop objectif, trop lucide.

 - Je suis content de te rencontrer, fallait vraiment qu’on se voie. Comme je te disais au téléphone, j’ai adoré ta maquette… On sent qu’il y a un vrai truc là-dedans… »

 

 

 Chico remarqua les traces blanches de salive aux commissures des lèvres, il eut un haut le cœur. Il avait l’impression d’être devant son écran télé à regarder les informations… avec un Philippe Gaillard un petit peu plus jeune. Les yeux du fils ne le fixaient jamais. Ils semblaient chercher un prompteur invisible. De toute façon, son regard était dissimulé sous des paupières épaisses, illisible. Le visage grassouillet de Thierry Gaillard suait tranquillement. En pleine digestion. Par endroits il avait des taches de mycoses, une mauvaise qualité de peau. Ses mains déplaçaient sans cesse les objets sur le bureau qui disparaissait sous des projets en cours. Photos, Dossiers, factures, Piles de CD formaient une architecture anarchique et toujours en travaux. Rocca ne l’écoutait plus. Il se disait que la vie était vraiment une belle tartine de merde et qu’il avait eu une grosse tranche. Il pensait à toutes les conneries qu’on racontait sur la volonté qui vient à bout de tous les problèmes, les vertus du travail, la passion et la foi dans son boulot. Il pensait à ses potes du groupe qui devaient prier pour lui en ce moment, à sa mère qui pédalait dans la choucroute, à la cité du bonheur… Et il y avait ce serpent, là, en face de lui, qui le baladait depuis un quart d’heure, insidieux, sournois.

 Et le voilà parti dans un long monologue comme quoi la politique de la maison c’est d’encourager les nouveaux talents… Qu’ils accordaient chez Tommy Music un soin particulier au « suivi » des artistes de demain… Il évoqua longuement les difficultés actuelles des majors, avec Internet, les téléchargements qui faisaient beaucoup de mal, les coûts de production… faramineux.

 - « Maintenant tu sais, on fonctionne presque en flux tendu, pas de stocks, et puis les titres n’ont qu’une durée de vie très limitée… c’est un peu la faute des radios tout ça… Le marché se rétrécit de plus en plus… »

 - Oui c’est moi.

 

 - Oui, bonjour, je me présente, Thierry Gaillard, Directeur artistique chez Tommy music. Voilà… Oui, hum… je propose qu’on se tutoie de suite, Ok ? ça nous fera gagner du temps hein…

 

 

 - Ouais, j’ai écouté ton CD, et j’avoue que j’ai été bluffé.

 

 - Ah ?

 

 - Oui, j’étais ce matin en réunion avec le chef de projet Michel Nicolas, nous serions vivement intéressés pour te rencontrer. Tu es sur Paris… ? 

 

 - Non, mais je peux me déplacer.

 

 - Bon. C’est cool… Oui, ton CD a un peu tourné dans tous les bureaux chez nous, à Tommy Music… J’ai eu des super retours, tout le monde a a-do-ré… Tes lyrics, c’est gé-nial !… Il y a une profondeur, tu vois ? un vécu, non, vraiment c’est gé-nial.

 

 - Ah ?

 

 - Oui ! Un pur talent d’écriture. Ça se sent de suite… Bon, bien sûr au niveau de la prod, c’est qu’une maquette, ça s’entend, hein… mais je suis sûr qu’il y a un truc à faire. Qu’est-ce que t’en penses ?

 

 - Ecoutez… heu… écoute… là, heu… je suis un peu surpris… mais bien sûr ça m’intéresse, vous avez l’intention de me faire faire un disque ?

 

 - Il faut qu’on se rencontre… Tu as d’autres matières en réserve ?

 

 - Ben oui… Je travaille sur des trucs, Il doit y avoir une vingtaine de titres… mais c’est pas encore abouti, v… tu vois ?

 

 - Ecoute, on se voit vendredi prochain… 14H à mon bureau, ça te va ?

 

 - Ben, OK ouais…

 

 - Au fait, pour les frais, garde tes justifs… OK ? On se voit vendredi, à plus…

 

 - Ouais à plus…

 - …

                     * * *

 – « Je connais quelqu’un qui a rencontré aux States un ami intime d’Eminem… »

 

 - « L’autre jour au concert de MC Solaar, j’ai été invité dans les loges… Super cool le Solaar…  Le concert a déchiré grave… 

 

 - Ah bon ? »

 

 Il avait appris à écouter les histoires des autres. Il savait qu’avec toutes ces histoires, vraies ou fausses, les autres voulaient juste qu’on les aime. Qu’on fasse un peu attention à eux quoi. Il y avait juste un truc qu’il ne pouvait pas dire dans sa cité, c’était que lui, son idole, c’était Franck Sinatra. Ça, personne n’aurait compris, on l’aurait automatiquement traité de « tarlouze », c’est sûr. Pourtant, Chico adorait « The Voice ». Sa manière bien à lui de swinguer ses mots devant cinquante instruments, sa nonchalance blasée, sa réputation sulfureuse de mafioso, tout collait quoi. Dès qu’il entendait les premières mesures de « I got you under my skin » ou de « The lady is a tramp », il retrouvait le sourire. Il y avait un autre truc dont il ne pouvait pas parler non plus, c’était que sa mère devenait cinglée. Mais là, ça venait de lui.                                                                                                                         Alors il repartait dans ses rimes. Des calepins entiers. Il ne gardait que le meilleur. Les mots qui sonnent. Il épluchait Brassens, Brel, Gainsbourg, ceux qu’il appelait les maîtres de la métrique dans la science de la poésie chantée.

 

 Et puis Baudelaire, Boris Vian…

 

Il espérait sortir de sa bauge. Pas pour dénigrer, non, il ressentait même une sorte de fierté pour son milieu social, un truc débile cette fierté, d’ailleurs. Elle légitimait l’existence minable, les privations, les frustrations. Il s’en rendait bien compte. Fierté plutôt déplacée à vrai dire, mais qui contrecarrait l’envie. Un truc bizarre…

 

 Pour lui, c’était un peu différent. En quelque sorte, il sortait un peu du lot. Oh ! à peine estimait-il… Un jour, dans un atelier d’écriture, il avait attrapé le virus des mots. La poésie, la littérature lui avaient fait goûté à l’air des cimes… et ça, ça rendait irrespirables les effluves de la cité du bonheur. Parce qu’un jour, il avait eu accès, grâce à ses lectures, aux questions essentielles, il s’était mis, lui aussi, en quête du bonheur. Il avait trouvé une clé, et il cherchait maintenant une porte à ouvrir.

 Le plus gênant pour lui, c’est qu’il devait toujours répondre à la même question. « Alors Chico, toujours la musique ? ça en est où alors… ?» C’est vrai, que pouvait-il répondre à ça ?

 La mère de Chico, Solange, s’était mise à la colle avec un autre homme quelques mois après les événements du bus. Elle n’avait pas encore 40 ans, fallait comprendre aussi. Tous les deux, ils avaient même essayé d’avoir un enfant, mais le bébé n’avait pas vécu. C’est depuis, que sa mère n’allait plus bien du tout.

 

 Elle était revenue de la maternité avec un poupon dans ses affaires et s’était mise à jouer à la maman avec son poupon. Elle lui parlait comme à un vrai bébé. Gazou gazou… pipi popo… Tout le toutim. C’était pathétique de voir ça. Elle le promenait tous les jours en poussette dans le quartier, lui donnait des biberons et lui changeait ses couches. Chico avait beau lui répéter d’arrêter ses conneries avec son poupon, rien n’y faisait. Quelque chose s’était déréglé dans sa tête. Trois ans que ça durait. Le pseudo papa n’avait pas demandé son reste. Evidemment. Non, le tableau de famille n’était pas reluisant. Son frère aîné, Fernand avait 25 ans. On le voyait rarement. Quand il passait, il laissait sur la table une liasse de billets roulée avec un élastique, puis disparaissait pendant six mois de plus. On ne savait pas trop ce qu’il faisait. « Des affaires » disait-il. Les flics régulièrement montaient jusqu’à l’appartement. Eux aussi voulaient en savoir plus sur le genre d’affaires que faisait Fernand. Personne n’était en mesure de les renseigner. Paulo, son frère cadet était un peu en manque de père et de repères. Il rentrait le soir à plus d’heures, les yeux rougis par les joints qui circulaient de mains en mains, en bas, à la « cité du bonheur ». Hormis quelques groupes de Rap hard-core américain, et les résultats du foot de la semaine, il ne s’intéressait pas à grand-chose le Paulo. Si, pourtant, il questionnait souvent sa mère à propos de son arrière grand-père, Pépé Jo qui avait fait la guerre de 14 soi-disant. C’était devenu obsessionnel, chez lui. Qui donc était ce Pépé Jo qui était mort centenaire, qui était passé au travers de deux guerres, et qui était son arrière grand-père ? Il se cherchait une filiation. Il montait à l’arbre généalogique. Un sacré bazar cette famille ! Mais Chico s’en foutait. Lui, il voulait juste sauver sa peau. Réussir. Coûte que coûte. Quand il rentrait à l’appart, il faisait mine de ne pas voir sa mère qui racontait l’histoire de « coco le croco » à son poupon. Il filait directement à la salle de bain pour se brosser les dents. Ça l’aidait à réfléchir de se brosser les dents. Une sorte de Yoga bucco-dentaire. Lorsque M. Minvielle lui avait demandé ce que ça représentait pour lui, d’écrire, il lui avait répondu que c’était comme de faire voler un cerf-volant dans la brise de la vie.

 

 

 

 – « Tempêtes ou accalmies, le cerf volant ne dois pas tomber, vous comprenez, je suis suspendu à ce fil… » avait-il ajouté. « Un peu alambiquée comme réponse… » avoua-t-il à son reflet dans la glace de la salle de bain. « Tu as encore voulu faire ton spirituel hein… ? » Il empocha sa brosse à dents, et s’enferma dans sa chambre, casque sur les oreilles, hochant la tête, il mesurait des vers sur un instrumental.

 Chico, d’un pas lent mais bien rythmé, gravit les étages. L’odeur d’en bas s’est dissipée, laissant l’air des paliers à des bouffées de graillon. La popote de familles nombreuses. Il n’a pas besoin de compter les étages.

 Il ne se séparait jamais de sa brosse à dents. Dix, quinze fois par jour, dès qu’il trouvait un point d’eau, Chico se brossait les dents. Une manie.

 

 À 13 ans, sa mère, qui allait encore à peu près bien à cette époque, lui avait fait suivre pendant les vacances de printemps un atelier d’écriture. Surtout pour ne pas qu’il traîne dans les coursives. Depuis, Chico n’avait plus cessé d’écrire.

 

 Plus tard, quand il avait eu l’air d’avoir l’âge, il s’était glissé parmi un flot d’étudiants pagailleurs. Comme une abeille attirée par le sucre, il s’était introduit dans un amphi de la faculté de lettres. Juste de l’autre côté de l’avenue qui jouxtait « la cité du bonheur » comme il l’appelait. Depuis le début de l’année universitaire, Chico Rocca suivait avec assiduité les cours de M. Minvielle, comme ça, « en mercenaire », sans s’être jamais inscrit nulle part. M. Minvielle n’était pas tombé de la dernière pluie, il avait eu vite fait de repérer parmi la cinquantaine d’étudiants de son cours ce jeune échalas au regard sombre qui buvait ses paroles comme si sa vie en dépendait. Un jour, à la fin d’un de ses cours magistraux sur le naturalisme et le réalisme dans la littérature du XIX° siècle, il avait rejoint le pseudo étudiant qui se faufilait à la sortie de la meute.

 

 - « Pourquoi faites-vous ça ? » Interrogea Chico, l’œil par en dessous.

 

 - «  Bah… Il n’y a rien d’extraordinaire… Vous me semblez motivé c’est tout… et puis je ne sais pas… mais… vous avez l’air de… enfin… disons que je vous trouve une tête sympathique. Vous avez un visage honnête. Voilà. Vous allez sans doute réussir avec un visage honnête comme ça. »

 - « Excusez-moi jeune homme, vous êtes inscrit dans quelle filière ? » avait-il demandé. Chico avait bafouillé pour gagner du temps. Quand le gros de la troupe eut quitté l’amphi, il avait joué franc-jeu.

 

 - « Je suis inscrit nulle part, monsieur, c’est juste que la littérature m’intéresse beaucoup. J’écris des textes… Je chante dans un groupe de rap… » La fin de sa phrase avait été presque inaudible.

 

 - « Tiens, vous écrivez des textes… Vous êtes chanteur…

 -  Ecoutez, ne vous fatiguez pas, je ne suis pas en règle avec l’administration… je le sais, et vous aussi. Je reviendrai plus… c’est simple… » Il avait horreur d’être pris les doigts dans le pot de confiture, et surtout, surtout, il voulait continuer à ne rien devoir à personne.

 - « Enfin, jeune homme, ne vous emballez pas… Moi, vous savez, un de plus, un de moins, ça ne change pas grand-chose… » En fin psychologue, il toussota dans sa main. D’emblée, il avait senti chez son interlocuteur une grande sensibilité, un écorché vif fier comme un espagnol. Il ne voulait pas l’effaroucher. « Bon… écoutez, reprit-il, votre problème avec l’administration là… Ce n’est pas si grave que ça, moi après tout j’en ai rien à faire… n’est-ce pas ? Continuez à venir si vous le souhaitez, ce n’est pas moi qui sonnerais l’alarme. Par contre amenez-moi quelques-uns de vos textes la prochaine fois… »

UN PLAN DE CARRIERE 

Le rez-de–chaussée de la barre d’immeubles était une putréfaction. Des poubelles éventrées s’entassaient contre les murs tachés de coulées douteuses. Ferrailles tordues, meubles de guingois, batteries de voitures, des débris de toutes sortes jonchaient le trottoir. Les huisseries des portes avaient bien du mal à retenir les derniers éclats de vitres et il ne restait rien de ce qui fut jadis des rangées de boîtes aux lettres. Dès l’entrée, l’odeur vous saisissait les narines, pour ne vous lâcher que le deuxième étage atteint. Une odeur de décharge publique.

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