Qui suis-je?

 

 Guitariste de Zebda de 1988 à 2003, j'ai sorti en Janv 2007 aux éditions danger public un récit sur cette expérience humaine et musicale. J'anime aujourd'hui des ateliers d'écriture, je travaille sur un deuxième roman, je publie des nouvelles sur cet espace.

J'ai toujours eu la passion des livres... 
Ce blog est fait pour parler de lectures, pour apporter un regard ou des opinions sur la culture en général et sa place dans la société.

Les billets de bonne ou de mauvaise humeur, les coups de gueule sur l'actualité sont aussi les bienvenus...

 

Des livres

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Jeudi 22 mai 2008

Publié dans : Auteurs
Les éditions métailié spécialisées dans la littérature hispanique donnent à découvrir José Luis Sampedro (prononcer rossé...!), excellent auteur Barcelonnais .
 Tout en finesse le catalan nous dépeint les derniers mois d'un calabrais de bois brut qui se fourvoie dans une ville du nord (Milan) et qui à la source de la nouvelle vie de son petit fils Brunetto va trouver l'énergie de faire son devoir testamentaire. Il laisse en héritage un entrelac de racines aussi dérisoires qu'essentielles, ce qui reste d'un homme dont le coeur faiblit, qui n'est plus que mémoire, mais qui garde toujours dans sa poche son couteau de berger...
 A découvrir.






   

 Chez Actes Sud et dans un autre style, une histoire à tiroirs dont le virtuose New Yorkais a le secret.
 Les déboires d'un écrivain endetté et à la santé fragile qui brasse fiction et réalité comme un noyé qui se débat dans les flots d'un destin qu'il ne maîtrise plus. Magistralement soupesé, le récit de Auster nous entraîne au coeur des problématiques de l'écriture : L'imagination n'est autre que le scénario du temps qui passe avant la mort, et peut-être sa génèse.
 L'art et la manière d'écrire son propre destin...
 Sans modération.
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Lundi 19 mai 2008

Publié dans : N'ayons pas peur des mots...
          Le bolegason à Castres. 
 Ces gens là font un boulot formidable en matière culturelle et notamment en ce qui concerne l'écrit. Pour la quatrième édition du festival "Transport de mots", outre une programmation variée et audacieuse ( Excellent Imbert Imbert, des soirées Slam, du Hip Hop concert et danse, etc...)  il était proposé  samedi 17 Mai au centre d'art contemporain de Castres un colloque qui réunissait poètes, slameurs, revuistes, musiciens.
 Un avenir pour les disciplines de l'écrit? Droit éditoriaux? Visibilité et validité des ateliers d'écriture... Statuts et perspectives...
 Une réflexion qui mérite d'exister, n'est-ce pas? 
 A suivre de près. 
 Par là --> http://www.bolegason.org/bolegason/index.html 


 








Slam du jour      

 Je jète l'ancre... Je te jète l'encre.
 J'hésite
 Je tends le fil de la bouche à l'oreille,
 Essai pour faire mouche dans les cages à miel.
 Micro... microcosme
 Je tends le fil, la corde à linge,
 suspendus à mes lêvres par des mots coulissants.
 La corde d'abondance, abonde dans mon sens...
 Ne coupez pas.
 Ne coupez pas...
 Corde à sauter
 Du coq à l'âne bâté
 Un fil d'Ariane. La bouche a changé d'âne.
 De la forme ou du fond?
 Du fil à fricoter, du fil à coudre, du grain à moudre, une corde de brume.
 De ces mots je présume. Et sur la corde raide je fais l'équilibriste, un slam je m'enfoutiste.
 Aussi mince qu'un fil. De la corde vocale. Une main au panier. Une corde à piano.
 Un fil à attirer du plomb...
 Un labyrinthe au fond...
 Vous avez demandé des mots lisses?
 Ne coupez pas
 Ne coupez pas
 Ne coupez pas...
 COUPEZ!
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Vendredi 9 mai 2008

Publié dans : pascal.cabero










 Plouf, plouf...
 Ce sera toi qui...
 Certains requins lui ont dit,
 Et des maquereaux aussi :
 "On va pas te manger... Mais travaille ton crawl!"
 Alors, elle fait des longueurs.
 Une baille à l'endroit, une baille à l'envers.
 Elle tire des bords.
 Elle rame dans le chlore, carrelage en défilé.
 Pour décrocher de l'or. Laure.
 Dans le petit bleu,
 Le silence aquatique de son bassin d'autiste,
 Pas de bruits de couloirs,
 Elle fait des ronds dans l'eau, un oeil sur le chrono.
 Une bouffée d'air pur pour trois tasses de centièmes...
 Il en faut dans l'Arena pour brasser la Javel comme ça.
 Une sirène aphone, un ange de podium, dans le miroir mobile
 Son âme aux tabloïds, ne tient plus qu'à un fil... de l'eau.
 Et la photo est floue.
 Une femme dauphine, une fille torpille, une truite, une anguille,
 laissons la donc tranquille, lâchons lui les écailles... 
 Tout partira avec l'eau du bain.
 Et elle aura son bâton de vieillesse en platine, sa retraite dorée, 
 Un jour enfin où elle pourra coincer la bulle, arrêter de ramer.
 
 
 
 
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Dimanche 27 avril 2008

Publié dans : pascal.cabero
 Nous voilà gentiment rendus au 10 000° visiteur sur ce blog... Bravo!

 Nouvel objectif: 100 000. 

 Oui, c'est ça la France qui gagne. Des ambitions, des compétences et du travail... Pas de valse hésitation, un cap à maintenir, une vision d'avenir, des réformes douloureuses mais nécessaires, du sens moral dans le grand capital, et du qualitatif dans l'enseignement... 
 Mais attention, pas de Turquie en Europe...
 Par contre nos amis Suisses...
 Allez ne soyons pas chinois, un grand merci  à tous et toutes...
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Vendredi 11 avril 2008

Publié dans : Nouvelles

Dans le tissu qui forme ce que devient un homme, il est des fils qui passent moins bien dans le trou de l’aiguille. Pour la première fois, deux frères partaient en voyage. C’était l’été de leurs vingt ans. L’âge sensible aux effets magnétiques de la découverte. La destination en somme n’avait pas d’importance. Le museau tendu vers l’haleine de l’inconnu, ils cherchaient dans cet ailleurs un terrain de jeu pour mesurer leurs jeunes forces. Les sacs à dos étaient légers, et les cœurs chargés d’enthousiasme.

 L’aventure commença.

 En train, ils mirent cap au sud, vers le talon de la botte italienne. À Brindisi, ils embarquèrent dans un ferry pour Patras. Le prix du billet à travers la mer Ionienne entama lourdement leurs économies. En touchant le sol Grec, ils avaient dans le nez l’odeur graisseuse du gasoil, ils savaient qu’ils ne dormiraient pas toutes les nuits dans des lits. Longeant la côte, ils se laissèrent glisser dans le Péloponnèse. Ce pays millénaire laissait miroiter mille promesses. Ils ouvraient grands leurs yeux. Les collines d’oliviers, le blanc éblouissant des façades, les tonnelles de vigne vierge face au bleu amical de la mer, ces terres nouvelles recelaient bien des trésors. Les richesses aussi dans le cœur des hommes. Des femmes et des hommes bourrus et paisibles qui n’avaient pas désappris l’harmonie avec la nature. Un peuple peu prophète en cette modernité qui implique des victimes. On savait ici, pratiquer l’art ancestral de se passer du superflu. Dans la citadelle d’Ioannina, sur la jetée de Pirgos, dans des wagons cahotants et retardataires, en échange de quelques biscuits, en passant de main en main une gourde d’eau fraîche, les deux frères découvraient la vérité des hommes simples.   

 À Olympie, ils firent la connaissance d’un jeune voyageur. Freddy avait appuyé son sac sur une colonne dorique et somnolait à l’ombre d’un pin. Il parlait le français avec l’accent juteux des gens de Berne. Pour ces bonnes raisons, ils décidèrent de faire route ensemble jusqu’au temple de Poséidon à l’extrême-sud du Péloponnèse. Un soir, Freddy les entraîna dans un restaurant de Kalamata. Les deux frères hésitèrent, mais l’air était doux et la lumière apaisée, ils se laissèrent convaincre. Freddy passa commande. Des feuilles de vignes farcies, de copieuses salades, des brochettes de poulet, une Moussaka pour trois, une bouteille de Retsina à la transparence dorée, la table fut bientôt couvertes de victuailles. Par-dessus les plats, les deux frères se lançaient des regards inquiets. Ils se renvoyaient la même question, comment payer ce repas astronomique… ?

 - Ne vous en faites pas les Français… Dit Freddy avec son accent suisse et donc rassurant, c’est moi qui vous invite… Là-dessus, il recommanda une bouteille de Retsina car la poussière des routes lui avait donné grand soif. Pendant le dîner, Freddy expliqua qu’il était rentier. Il avait choisi de sillonner le pays à pied car cela lui permettait de se faire des amis. Freddy paya la note avec une coupure de cinq cents francs suisse. En vidant son verre, il confia qu’il voyageait avec une grosse liasse de billets. Ses prunelles brillèrent lorsqu’il révéla le taux de change qu’il obtenait en ce pays de monnaie faible. Les deux frères mirent ça sur le compte de la Retsina. En ajustant les sangles de son sac à dos Freddy ajouta :

 - Je vais prendre une chambre pour ce soir, j’ai bien besoin d’une bonne douche.

 Ils se donnèrent rendez-vous au lendemain et Freddy dirigea sa silhouette de mendigot millionnaire vers l’entrée d’un des meilleurs hôtels de la ville. Les deux frères se mirent en marche vers le jardin public le plus proche.

 - C’est à se dégoûter des moyens du bord… Déclara le cadet.

 - C’est même une insulte aux gens du pays…

 - Si on le revoit demain, on devrait lui barboter sa liasse… Mais le lendemain, ils se mirent en route au lever du soleil et ils ne revirent pas Freddy.

 Hôtels confortables, courses de taxi, spectacles, ou tables bien garnies, tout cela était au-dessus de leur moyen. Parfois, poussiéreux, sous un soleil de plomb, ils se demandaient où Freddy et sa liasse de billets pouvaient bien être. Ils l’imaginaient sous l’ombre fraîche d’une pergola juste à côté d’un verre de café frappé… C’était souvent à ce moment-là qu’ils croisaient une providentielle fontaine qui, avec parcimonie, leur délivrait une eau qui n’avait pas de prix. À Athènes, ils couchèrent à la belle étoile sur le toit-terrasse d’une pension au cœur de la Plaka. La police ramassait les routards qui dormaient dans les parcs. Plus tard, du haut de l’Acropole, ils embrassaient la ville. Entre ciel et terre, ils étaient quand même admis dans le domaine des dieux.

 Puis il fallut songer au retour. Depuis Athènes, ils prirent une grande ligne qui remontait vers le nord. Il ne restait de leur pécule que le strict nécessaire.

 En traversant l’Albanie et la Yougoslavie, de jour comme de nuit, ils ne purent fermer l’œil. Partout, des mendiants en loques, des enfants aux yeux ternes, des femmes enceintes vautrées sur les quais sales tendaient des mains noires vers les fenêtres du train. Dans les couloirs du train, des gosses jouaient à cache-cache avec les douaniers. Les malheureux se livraient au marché noir de cigarettes. Certains portaient sur leurs jambes maigres plusieurs paires de jeans qu’ils revendraient dès la frontière passée. Pour ne pas se faire prendre, ils sautaient des wagons en marche, frôlés par les pylônes. Impuissants, les deux frères mesuraient leur fortune, ils ne faisaient que passer. C’était eux maintenant les nantis.

 Ils eurent nombre d’anecdotes à rapporter quand à leur retour on les harcela de questions. Et leurs récits furent imparfaits tant les voyages se font plutôt qu’ils ne se disent. Mais dans leur chair, ils savaient. Tous deux savaient qu’il y a différente sorte de bleu. Qu’il existe des cieux amers sous lesquels ne luisent pas les bonnes étoiles. Ils savaient qu’ils avaient de la chance. La chance de pouvoir conjurer le destin et, si souvent ils étaient amenés à faire l’inventaire de leur perte, ils avaient les moyens de rendre la défaite supportable.

 On est toujours le riche de quelqu’un.

 Il est bon d’avoir un frère…

 Ça, ils n’étaient pas près de l’oublier. 

 

 

 

       

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Mercredi 9 avril 2008

Publié dans : N'ayons pas peur des mots...
  Et de la citation poids lourd...

" N'arrête d'écrire que quand tu sais comment l'histoire continue "

 " On peut écrire d'excellents romans avec des mots à 20 Dollars, mais ce qui est méritoire c'est de le faire avec des mots à 20 cents..."

 " Une raie de moins ne change pas la peau du tigre, mais un mot de trop tue n'importe quelle histoire..."
 
" La tristesse se résoud dans un bar, pas dans la littérature "
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Jeudi 3 avril 2008

Publié dans : Nouvelles

 

 

C’était un dimanche. Dans la somnolence qui précède l’éveil, déjà, il souriait. Il écouta la respiration régulière de sa femme lovée dans son cocon de rêves, juste à côté de lui. Quel plaisir d’avoir le temps. Quel bonheur de se laisser bercer par le ressac apaisé de son souffle. Quelle clairvoyance de savoir l’apprécier. Il souriait. Aujourd’hui pas de labo…  (Les jours ouvrables, il était chef de service dans un secteur de technologie de pointe. Sa partie : Les tors. Il supervisait la fabrication de fibres optiques qu’il fallait enrouler entre elles pour former de minuscules ressorts. Il était redresseur de tors en quelque sorte. Ça ne s’invente pas…). Aujourd’hui, il n’avait pas l’intention de redresser quoi que ce soit. C’était dimanche. Il constata sous les couvertures une vague érection. Un peu trop vague pensa-t-il pour réveiller sa femme. Après tout, elle avait bien droit à sa grasse matinée. Depuis son lit, il télécommanda le volet roulant, histoire de voir quel temps il faisait dehors. Une lueur grise pénétra dans la chambre. Une légère brise faisait onduler les feuilles du boulot devant la fenêtre. Sans doute une belle journée. On allait laisser venir. Les yeux entrouverts, il se laissa bercer par le balancement des branches et faillit se rendormir. À l’instant de basculer, il écarquilla les yeux. Il venait de voir passer devant la fenêtre un masque qui disparut aussitôt. Qu’est-ce que c’est ce truc ? chuchota-t-il. J’ai la berlue ou quoi ? À nouveau le masque réapparut. Plus lentement cette fois, il se tourna vers l’intérieur de la chambre et le regarda. C’était un visage brun cuivré, figé dans une expression mystérieuse, le genre de ces masques vénitien, mais en plus laid.  Une touffe de cheveux noirs dépassait de la partie supérieure. Le visage hermétique disparut vers la droite.
 - Putain il y a quelqu’un dans le jardin ! S’exclama–t-il.  Cette fois il était tout à fait réveillé. Il se leva d’un bond et vaguement inquiet s’approcha de la fenêtre. Il sursauta. Le masque était là, derrière le carreau, face à lui. Des yeux bougeaient, humides et scrutateurs dans les orifices. Tout de suite, il réveilla sa femme.
 - Il y a quelqu’un… Il y a quelqu’un avec un masque… là… À la fenêtre…
 - Humphh…
 - Je te dis qu’il y a quelqu’un… Réveille-toi bon sang…
 - Mais qu’est-ce que tu racontes ? Laisse moi dormir…
 - Mais regarde au moins…

 Le personnage souriait maintenant dans l’encadrement. Il avait relevé son masque sur le haut du crâne et souriait de toutes ses dents. C’était un homme. Assez jeune, bronzé, avec un regard bleu pur frangé de cils noirs, beau.
 - Mais c’est Jean-Phi ! l’entendit-il s’exclamer.
 - Jean-Phi…?

 Ils étaient tous les trois autour de la table de la cuisine. Elle avait la voix encore un peu empâtée de sommeil. De longues boucles de cheveux élastiques encadraient son visage. Elle était cintrée dans le kimono de soie qu’il lui avait offert pour son anniversaire. Radieuse, elle riait en mordant ses tartines. Il y avait de quoi. Jean-Phi, c’était l’ami d’enfance… Le copain de lycée… Celui que lui ne connaissait pas.  Celui d’avant… D’avant eux… Celui qui finit toujours par débarquer un jour ou l’autre. Ah ! il était parfait le Jean-Phi, en d’autres circonstances il aurait même pu le trouver sympathique. Il se tenait bien franc sur son tabouret, sirotant son café, l’air de ne pas vouloir déranger. Il était beau. D’une beauté presque douloureuse. Et avec ça, une adresse toute particulière à l’ignorer, lui… royalement. Il revenait de voyage. La Réunion. C’est pour ça qu’il était aussi bronzé. Il avait eu l’idée de venir la voir. Lui passer un petit bonjour amical. Et il avait bien fait s’était-elle écrié. Quelle bonne surprise… Oui, quelle surprise en effet… Allez, la journée est fichue va… Tu parles d’un dimanche…  Sûr qu’il en avait pour un moment avec ses histoires de grand voyageur. Et toutes celles à se raconter… Depuis le temps qu’ils ne s’étaient pas vus… Ça fait combien déjà ? 15 Ans ? Tu parles d’un bail. Tout à l’heure, je te mets mon billet qu’ils vont nous attaquer le refrain sur l’air de : « Tu te rappelles quand… ». Et elle. Si joyeuse ce matin. À boire ses paroles, à le regarder par-dessus son bol, à tordre son épaule vers l’avant, à faire sa coquette…

 Bon, c’est pas tout ça mais… Il va rester jusqu’à quand le bellâtre avec ses yeux grand bleu et ses bonnes manières ? Il fallait le prévoir pour dîner ?

 Pour l’instant, il essayait de faire bonne figure. Le mari ouvert, libéral, compréhensif. Il refit du café. En remplissant à nouveau les bols, il s’aperçut que son annulaire chauffait. Juste à l’endroit de l’alliance.

 - Jean-Phi, tu te souviens le jour où nous étions partis en stop pour la Bretagne… ?
 Et allez donc…
 Elle riait. Ses yeux débordaient d’étincelles. Sa voix faisait des loopings dans les octaves. Puis son peignoir commençait à bailler sérieux sur la chair de sa poitrine.
 - Bon, moi je vais aller chercher le journal hein… Faites comme chez vous Jean-Phi…  Il quitta la pièce avec un sabre d’acier en travers les poumons.

 Une fois dehors, il essaya de se calmer. Inspiration expiration… « Faites comme chez vous… » Non mais je vais pas bien moi ! Je n’avais qu’à directement lui montrer le chemin de la chambre…  Il envoyait des coups de pieds rageurs sur les gravillons du trottoir qui valdinguaient en hurlant de douleur. Il se maudissait. Autant pour être incapable de contrôler la spirale de la jalousie, que de se retrouver dans une situation aussi scabreuse. Inspiration, expiration… On se calme. Il faut lui faire confiance voyons… Elle peut pas me faire ça. Il poussa la porte du tabac presse au coin de la rue. « Ce connard avance masqué… J’aurais jamais dû quitter l’appartement…  Elle va lui céder… » Il sortit son porte-monnaie de sa poche gauche. L’alliance était brûlante…   

 Pour montrer que tout était normal, il était quand même allé chercher le journal. Je sais rester maître de mes émotions… Je vais lui montrer combien je peux être magnanime…  Il poussa la porte de l’appartement, les nouvelles sous le bras et dans les yeux de gentilles envies de meurtre.
 - Hé oh… Où vous êtes ?
 Dans le salon, il tomba sur sa belle-mère.
 - Ha, vous êtes là vous… ? Je n’étais pas prévenu… Mais quand êtes vous arrivé ?
 Il ne l’avait jamais vu aussi pomponnée. Le carnaval continuait. Mise en plis caramélisée, bijoux massifs, maquillage en trois couches, parfum outrancier. Il n’en croyait pas ses narines. Elle ne prit pas la peine de répondre. D’ailleurs elle ne pouvait pas, elle souriait si loin dans les joues, que sa bouche était tendue à craquer. Il y avait dans cette grimace quelque chose de diabolique. Tout laissait soupçonner dans son attitude une conspiration machiavélique destinée à le perdre. Et puis pourquoi faisait-elle la poussière avec un balai dans les rayonnages de sa bibliothèque ? Quelque chose ne tournait pas rond… Non… C’était pas normal ce qui se passait ce matin. Il passa ses doigts dans sa barbe naissante. Il commençait à avoir du mal à rester magnanime… Puis il entendit des rires dans la salle de bain…

 D’un bond, il fut à la porte. En posant la main sur la poignée, il eut le temps d’apercevoir son alliance, incandescente. Ils étaient là. Tous les deux. Auréolés par la buée de la douche, éclairés par la lumière vive. Ils se regardaient dans le miroir. Elle était vêtu d’une serviette éponge enroulé sur les seins, recouvrant à peine le haut de ses cuisses. Lui, derrière elle, juste derrière, torse nu, avait posé sa tête dans le creux de son cou. Ils se souriaient. Leurs dents étaient resplendissantes de blancheur. Ses yeux à lui, d’un bleu de sang, suçaient son reflet à elle. Elle invita son bras droit sur l’autre épaule en faisant mine d’admirer sa belle montre. Tiens il porte sa montre à droite cet enflé ! Elle minaudait dans son oreille comme quoi c’était vraiment une montre magnifique, et une montre suisse en plus, et tout et tout… Et lui, hochait délicieusement la tête… Elle posa sa joue dans le creux de son coude, et ils continuaient à s’admirer, collés l’un à l’autre, là juste devant lui ! Dans sa salle de bain ! Et ils ne semblaient même pas s’apercevoir de sa présence. Leurs sourires étaient éblouissants.

 Du ciment frais coulait maintenant dans sa gorge, emplissait ses poumons, entourait le cœur et serrait, serrait… La douleur était atroce. Il sentit monter de son ventre une convulsion de violence brute. Une furieuse envie de les étriper. Tous les deux. À la machette. Surtout lui. Juste un petit bain de sang pour effacer cette vision d’horreur… Il sentit sa belle-mère dans son dos qui continuait à sourire. Il différa le massacre à une date ultérieure…

 - Enfin… Surtout vous gênez pas… Finit–il par dire d’une voix qu’il aurait voulu beaucoup plus menaçante mais qui n’eut pour effet que de déclencher le fou rire de sa belle-mère. Puis tous les trois y allèrent de leurs rafales. Ça rebondissait sur les faïences provençales, ça gondolait dans la buée en suspension, ça tournoyait dans les brosses à dents, ça faisait de l’écho dans les tuyauteries… Ces rires faisaient mal. Dieu qu’ils faisaient mal. Des lames de rasoirs à la figure. Des patins à glace qui zigzaguaient sur son amour-propre. Et encore l’amour propre… Ça n’aurait pas été trop grave, il aurait pu s’arranger, ravaler… Mais Le bloc de béton dans sa cage thoracique, la jalousie… Elle dévastait tout. Bientôt, il ne serait plus qu’un petit tas de cendres. Un petit tas volatil qui chercherait un tapis quelque part pour se cacher dessous. Incapable même de pleurer… En se prenant la tête à deux mains, il vit que son alliance fumait. La douleur dans sa poitrine était insupportable. Et ils riaient, ils riaient, comme des crécelles, comme des machines…

 Il se redressa brusquement. Le réveil sonnait et se moquait de lui. Il était sept heures, comme tous les jeudis, et sa femme était déjà levée.    

 

  

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Jeudi 27 mars 2008

Publié dans : Auteurs

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Les roses d'Atacama

 Une trentaine de portraits au hasard des rencontres de l'auteur et la finesse des évocations, la justesse des mots, l'exaltation des voyages pour une lecture à déguster comme un Pomerol.
 Les personnages cueillis dans l'histoire universelle composent un bouquet à la nostalgie discrète, au parfum de l'éphémère. 
 Le style sec, riche d'humanité,  mais non dénué de pudeur, nous entraîne dans cette magie rare des contes de l'enfance, et on voudrait que ça ne s'arrête jamais. 
 Pas vraiment surprenant de la part d'un auteur qui ne doit son succés qu'à son talent. Jubilatoire.

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Mardi 18 mars 2008

Publié dans : De qui se moque-t-on?

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Mais que ce mot est hideux !

 Sophie Marceau, Audrey Tautou, Marion Cotillard sont bankables. Gérard Depardieu, Daniel Auteuil sont bankables. Aujourd’hui, Dany Boon l’est devenu.

 

 Bancable ou Bankable : Susceptible de faire dégager du profit… Anglicisme en vogue dans le milieu du cinéma, acteur ou actrice qui assurera le succès d’un film.

 

 En va-t-il de même pour les auteur(e)s ?

 On peut raisonnablement affirmer qu’Amélie Nothomb l’est. Anna Gavalda dont le dernier opus est tiré dès sa sortie à 300 000 exemplaires l’est aussi à coup sûr. Qui d’autre ? Douglas Kennedy…

 C’est donc le « crédit nominatif » ou « la solvabilité de notoriété » ou encore « le capital de visibilité » qui excite les producteurs/éditeurs à réaliser, à risques calculés, les investissements nécessaires pour décrocher les meilleurs rendements. Faire valser les blockbusters…

 Ce système de cotation organisé en réseaux d’influences où les médias jouent un rôle prépondérant n’est pas sans rappeler le PMU sur une grande échelle. À ceci près que là, il s’agit d’artistes et non de canassons… 
 Loin de moi l’idée de hurler à une machination médiatico-maçonnique, le libéralisme dur qui dirige les affaires, et aussi culturelles, ne peut qu’induire ce type de pratiques… Il s’agit de se demander si cette course au profit n’est pas nuisible à la qualité artistique (cf. : Astérix aux jeux mirifiques)… On a déjà plus ou moins la réponse n’est-ce pas ? 
 Non, la vraie question serait de savoir si en fin de compte, il est si souhaitable d'être bankable ?

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Samedi 15 mars 2008

Publié dans : Auteurs
couverture_les_charmes_de_la_vie_conjugale.jpg  Doit-on se méfier des auteurs à succès? En l'occurrence, c'est le cas. 
 Kennedy nous inflige la biographie de son héroïne, Hannah Buchan, et de sa famille (papa, maman, mari, enfants, meilleure copine de lycée) tout au long de la fin du XX°. De 70 à 2003 en gros. Trente ans, sur 600 pages... ça tire en longueur... Même avec la meilleure volonté du monde, on finit par s'ennuyer.  Hannah B., au gré de ses réflexions intérieures, de ses revers de destin, de ses révoltes, et de sa petite famille finit par transformer cette pseudo saga en marmelade de bons sentiments. Les situations sont fausses, les personnages sont creux, les émotions d'Hannah soporifiques de banalité.  Le roman traîne les pieds dans un style convenu et politiquement correct. Tout à fait typique de ces auteurs à gros tirage qui battent le fer de leurs à valoirs avec l'énergie désespérée de plaire à tout prix. Inutile et pathétique. Tiens, on dirait du Sullitzer sauce barbecue! 
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